Interview – Marie : La télédétection au service de l’environnement

Pour la première interview du blog, je vous propose une interview avec Marie L., qui est doctorante dans le Département des Sciences et Gestion de l’Environnement de l’Université de Liège en Belgique.

Marie, peux-tu décrire brièvement ton projet de recherche ?
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Marie lors d’un voyage d’étude dans l’Oriental Marocain.

« Globalement, je m’intéresse aux interactions entre le bétail et son environnement (la végétation naturelle) en milieu aride. Plus particulièrement, je travaille au développement d’une méthode qui permettrait de déterminer la mortalité du bétail due à la sécheresse à partir de la télédétection (ici, des images satellites). Je travaille notamment dans le Nord du Kenya, qui est une région aride où l’agriculture n’est pas possible. Dans ce cas, la majorité du revenu d’un ménage repose sur l’élevage qui est basé sur un système très différent de celui présent dans nos régions. En effet, ici c’est la végétation naturelle qui sert d’apport de nourriture au bétail et les éleveurs ne font pas appel (ou très peu) aux compléments d’alimentation. Dans le cas où les précipitations n’auraient pas été suffisantes, la végétation naturelle est dégradée et le bétail est donc en manque de fourrage. Si cette situation persiste, on peut rencontrer des situations catastrophiques où une partie importante du bétail meurt. Dans ce cas-là, le risque naturel (ici la sécheresse et le manque de fourrage) se traduit par un risque économique puisque les éleveurs peuvent perdre leur unique source de revenu et donc sombrer dans la pauvreté chronique.

 

L’objectif de mon travail est de pouvoir déterminer cette mortalité à partir d’informations sur la végétation naturelle et son état fournies par la télédétection. »

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Carte montrant le District de Marsabit dans le Nord du Kenya, où Marie travaille.
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North Horr, un village d’éleveur du Nord du Kenya (Crédit photo : Marie Lang)
Peux-tu nous expliquer en quoi consiste la télédétection ?

« La télédétection, c’est le fait de mesurer une quantité à distance, par opposition aux mesures dites in-situ où l’on peut venir mesurer la quantité directement sur place. Dans le mot « télédétection », « détection » signifie « la mesure » tandis que « télé » signifie « à distance ». En télédétection, on peut par exemple avoir recours aux images satellites, à la photographie aérienne ou aux capteurs embarqués sur drones. On peut par exemple obtenir des informations sur la végétation d’une zone depuis son bureau, sans devoir se rendre dans la zone considérée (attention toutefois à l’interprétation des résultats !). »

Quel est l’intérêt  de la télédétection dans la recherche environnementale ?

« La télédétection présente de nombreux avantages et pour n’en citer que deux (qui sont très importants dans mon projet), ce serait la continuité de l’information mesurée et le gain de temps.

Si l’on va mesurer une quantité sur le terrain, la mesure se fait en un point précis de l’espace. On peut répéter la mesure en différents endroits mais on aura toujours une mesure ponctuelle. Si l’on peut déterminer la même quantité par la télédétection, on obtient la mesure pour chaque pixel de la zone d’étude. On dit que l’on a une information continue dans l’espace. De plus, grâce aux satellites, cette quantité peut être mesurée partout sur le globe. Imaginez le temps qu’il faudrait pour obtenir cette même information directement sur le terrain pour toute la planète ! On fait donc ici un gain de temps énorme. De plus, en fonction du satellite, on peut revenir mesurer cette même quantité une heure après, un jour après … On a donc une continuité de l’information dans le temps.

Bon, j’avais dit deux avantages mais j’en vois quand même un troisième qui est aussi très important, c’est la question de l’accessibilité. L’utilisation de la télédétection permet d’obtenir une information même dans des zones qui ne sont pas accessibles pour des raisons géographiques/physiques ou de sécurité.

Tous ces aspects représentent des avantages indéniables dans les domaines liés à la gestion de l’environnement car ils sont indispensables à la mise en place de projets opérationnels, qui sont le genre de projets qui vont avoir un impact direct sur l’environnement et la population locale. »

Concrètement, à quoi te sert la télédétection dans la réalisation de ton projet ?

« Dans mon projet, c’est principalement le gain de temps que l’on vise. En effet, ma zone d’étude est une zone rurale assez peu accessible (à au moins une journée de voiture de Nairobi, la capitale Kenyane). De plus, on dénombre un très grand nombre de petits exploitants très dispersés géographiquement. Si l’on voulait collecter l’information sur la mortalité du bétail directement sur le terrain, cela prendrait un temps énorme puisqu’il faudrait se déplacer dans toute la zone d’étude. Dans le cas où une sécheresse aurait lieu, il faudrait peut-être des mois avant que l’on puisse quantifier les pertes en bétail subies par les éleveurs, ce qui serait beaucoup trop tard pour prendre des mesures afin de les aider à surmonter l’épreuve.

A la place, nous utilisons la télédétection afin de créer des modèles permettant, à partir de l’information sur la végétation obtenue à partir des images satellites, de déduire la mortalité du bétail en temps réel et donc d’intervenir avant qu’une catastrophe économique ne se déclare dans la région. »

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Berger et troupeau dans l’Oriental Marocain, où Marie travaille également sur la même thématique (crédit photo : Marie Lang)
Quelles retombées pourraient avoir ton projet ? 

« Il y a déjà un projet opérationnel qui a été mis en place dans la région et qui exploite ce genre de modèles. En effet, je travaille avec une équipe de recherche Kenyane qui a mis en place un système d’assurance couvrant les pertes en bétail dues à la sécheresse. Dans ce projet, l’équipe détermine la mortalité du bétail à la fin de chaque saison (deux fois par an car on observe deux saisons des pluies dans la région) à partir d’un indice de végétation obtenu à partir d’images satellites gratuites. Si la mortalité prédite dépasse un certain pourcentage du troupeau, la compagnie d’assurance dédommage ses clients à hauteur des pertes définies par le modèle. Ici, le programme d’assurance permet aux éleveurs de préserver leur indépendance économique et de ne plus dépendre des programmes gouvernementaux ou humanitaires.

Ici, on comprend bien l’intérêt d’utiliser la télédétection et les modèles. Cela couterait énormément à la compagnie d’assurance d’aller vérifier la mortalité directement sur le terrain et cela se répercuterait sur le coût de la police d’assurance pour le client, qui dans notre cas bénéficie de revenus déjà très faibles. De plus, afin de pouvoir redémarrer la saison suivante dans les meilleures conditions, l’éleveur doit être indemnisé le plus vite possible. Ici, c’est vraiment le gain en temps et en argent qui est un avantage. »

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Ici, vous pouvez voir, en exemple, la mortalité du bétail lors de la dernière décennie dans la Région de North Horr. Comme on peut le constater, il y a une grande variabilité et les pertes peuvent être très importantes certaines années.

 

Pour en savoir plus, cliquez ici.

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